Georges Beyllignont parle des conflits africains

En Afrique, les rivalités ethniques ne sont que la face visible d’un malaise qui paralyse les rapports humains entre les différents caractères sociopolitiques. Ce « clash » entraîne une situation de suspicion généralisée au détriment de la cohésion sociale et de la stabilité. A cet effet, la sécurité et la protection civile s’invitent naturellement dans le débat. L’auteur explique comment la police doit prendre une place centrale dans la problématique du développement de l’Afrique. 

Georges B. Beyllignont est écrivain, chercheur et consultant en technique de police appliquée à la prévention des conflits, il vient de sortir un livre intitulé :
« Côte d’Ivoire et Afrique francophone, La police face aux défis de prévention des conflits africains. »

Nous sommes allé le rencontrer à Londres pour ouvrir quelques axes de compréhension d’une situation qui n’est pas prête de s’améliorer si les points essentielles de réflexion ne sont pas identifiés.

pensez-vous que vos travaux sur la prévention des conflits peuvent servir aux systèmes occidentaux à faire une autre lecture des crises en Afrique ?

Ils apprécieront la dynamique sociétale africaine exposée à partir d’une perspective interne ou africaine, a l’opposé des résultats de travaux fournis à partir d’une position non seulement extérieure, mais qui choisit parfois de marginaliser, de disqualifier, de décompter ou même d’ignorer des paramètres importants dans l’analyse des sources des conflits africains. Cet ouvrage a placé la colonisation et les effets persistants de cette tragédie au-delà de la période post-indépendance, au centre des sources des conflits africains. L’impact de cette dernière sur la culture locale, sa fonction de catalyseur sur plusieurs aspects des causes structurelles des conflits en Afrique est clairement exposée. L’analyse de l’ethnicité africaine et sa combinaison avec la tribalisation des ethnies dans le processus de colonisation a produit une curieuse lisibilité dans cette étude.
Sur l’opportunité de la démocratie dans le contexte africain et l’adoption du concept comme une valeur culturelle intégrée ou concurrentielle, je me suis interrogé en ces termes à la page 58 du 1er Chapitre sur la démocratie : « La réalité de son application dans divers contextes socioculturels s’est révélée plutôt chaotique. N’aurait-il pas fallu méditer d’abord son opportunité dans certains cas avant de l’accepter comme une valeur socioculturelle transférable ou importable. Dans plusieurs situations, elle s’est plutôt illustrée comme une source de conflits qu’une solution de stabilité. Dans le contexte africain, vue la densité des problèmes de diverses natures, la démocratie peut facilement être considérée comme une condition de justice sociale dans une Afrique caractérisée par une pauvreté rampante. Mais peut-elle émerger selon la lettre littérale de l’idéologie dans une Afrique où la corruption, le détournement des deniers publics, en somme où le sens de la responsabilité est encore englouti dans des considérations mesquines et cela, en toute impunité ? Ne devrions-nous pas méditer d’abord son opportunité dans la gestion des différends, de la construction ou de la recherche du consensus, au lieu de nous en servir comme un paravent qui cache mal des desseins inavoués et désobligeants ?

Donc je réponds par l’affirmative que l’ouvrage peut stimuler une autre lecture des conflits en Afrique, mais surtout, parce qu’il expose aussi plusieurs théories de prévention qui donne un caractère unique et original à mon ouvrage.
    

Encadré –  Georges Beyllignont  à propos du livre.
Votre livre a été accueilli par la société civile et des universités en Europe, pensez-vous que les africains comprennent l’opportunité de vos réflexion ?
Mes réflexions ont fait une place de choix à la prévention des conflits et le rôle central de la police dans la réalisation de cette aspiration. On voit ici que je parle alors d’un phénomène récurent qui continu d’éprouver les efforts de stabilisation et de développement de la plupart des pays africains. L’opportunité de mes réflexions s’impose donc d’elle-même selon un nombre de paramètres remarquables qui constituent des références en la matière. La récurrence des conflits en Afrique en est un. Maintenant ce que je tente de faire partager dans ce livre, c’est un certain nombre de réflexion relative par exemple à l’influence de l’ethnisme ou de l’ethnicité dans les dispositions pratiques de développement. Je discute également les questions de la gouvernance et questionne l’opportunité contextuelle de la démocratie. Je décline une étude laborieuse sur les causes et sources des conflits africains, avant d’exposer sur différentes théories de prévention. Je suppose donc qu’il y a une sorte d’harmonie en pensée qui permettra d’apprécier les orientations et la contribution de l’ouvrage.

Interview réalisée par Marc GBALLOU

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