Difanga, incontournable dans le Reggae en France

Difanga, chanteur français originaire de Côte d’Ivoire, a su depuis plus de vingt ans se faire une place sur la scène reggae. A force de travail et de participations à une multitude de projets divers, le gaillard a accumulé une solide expérience. Expérience qui lui permet de sortir en 2004 son premier album, “Le Voyageur”. Anticipant sur cet événement, Reggaefrance est allé rencontrer Difanga pour en savoir un peu plus sur ce projet, mais aussi pour faire le point avec lui et jeter enfin un peu de lumière sur cet artiste, trop souvent resté dans l’ombre jusqu’alors. 15 ans après, cette rencontre est le document qui représente la démarche de cet artiste incontournable de la scène reggae en France

Est-ce que tu peux commencer par te présenter, pour ceux qui ne te connaîtraient pas encore, nous dire d’où tu viens, nous expliquer en deux mots le personnage Difanga, ce que veut dire ton nom, tout ça ?

Difanga en deux mots ? Déjà, c’est un chanteur, c’est un chanteur qui a fait son apparition en 93 dans les sound systems, un chanteur à tendances soul, et qui aurait envie, par le biais de cette musique, de faire passer un message qui est l’amour… Voilà, en quelques mots, Difanga.

Et pour la signification de Difanga, ça veut dire quoi ?

En fait, vu que je suis métis, ça veut dire que je suis issu de deux cultures, donc j’ai pris un peu dans ces deux cultures pour fonder mon nom, j’ai pris Fanga, qui, dans mon ethnie, en djouhla, veut dire Force, et j’ai pris le D de la Droiture, ça fait la force de la droiture, c’est un peu comme un concept : plus on est droit, plus on est fort.

Tu as évoqué tes débuts en sound-system, dans les années 90, notamment avec un sound qui s’appelait Blues Party. Tu peux nous éclairer un peu ?

Yes ! Blues Party… En fait, c’est un peu l’évolution des choses… Nono, le sélecteur de Blues Party, lui, habitait dans le 19ème, juste à côté de chez moi, et c’est comme ça qu’on s’est check, il m’a dit de venir à une danse, il m’a proposé le micro, je l’ai pris. Je big up d’ailleurs, parce que c’est une initiative quand même, et qui ne se fait plus trop en ce moment, c’est-à-dire de donner la chance au petit jeune qui vient de nulle part et qui a envie de dire quelque chose. Et puis après, de fil en aiguille, j’ai continué à jouer avec eux. Mais bon, j’ai toujours été très… «4×4», je n’appartiens pas à un sound spécialement, je joue un peu partout. Mais je cite souvent Blues Party, parce qu’effectivement, c’est eux qui sont à l’origine quand même.

Ensuite, ta première apparition enregistrée, je crois, c’était avec un groupe qui s’appelle Les Daltons, c’est ça ? C’était quoi exactement ce projet ?

Les Daltons, ouais, un groupe des Antilles… En fait, c’étaient des jeunes que je ne connaissais pas forcément, qui m’avaient appelé, qui me disaient qu’ils aimaient bien la vibe et voulaient qu’on fasse un truc ensemble. Et je leur ai dit : «OK, dès que vous avez un truc un peu carré, appelez-moi.» Et peut-être, je ne sais pas, 6 mois après, ils m’ont appelé, ils m’ont dit : «C’est carré, on va en studio.» On a enregistré, et ça l’a fait, tranquille.

A cette époque là, on peut aussi signaler que tu avais fait un duo avec Doudou Masta. Bonne expérience ?

Ouais, bonne expérience aussi, Doudou Masta, c’est un mec que je ne connaissais pas personnellement, je connaissais plus le personnage en fait… Je l’ai rencontré en studio également, il était en train d’enregistrer le titre en question, “Même les plus fous”, et il me disait qu’il cherchait un refrain. Donc, je me suis prêté au jeu et on a fait le morceau.

Et ça t’a plu ?

Ouais, surtout qu’il n’était pas forcément destiné à être sorti ou à être clippé, tu vois, et ça a été au-delà de mes espérances, donc c’était bad.

Depuis, tu as écumé pas mal de pays
Je n’ose pas citer tous les projets tellement y en a, les plus récents, c’est la fameuse compil “Clean Vibes”, où tu fais un duo avec Mad Killah, qui mash up, il y a aussi une mix tape, je crois, qui s’appelle “Street Side”, qui est sortie il n’y a pas longtemps. Et une compil qui s’appelle “Mission locale (Own mission)” ?

“Own mission”, c’est une autre mix tape ça, c’est un projet de jeunes qui m’avaient appelé également, qui faisaient des riddims justement, et ils m’avaient appelé pour leur donner un peu la force, pour booster le truc. Donc, j’ai posé une voix.

Puis, tu as participé à un projet hip-hop, je crois ?
Ouais, “L’Hip-hopée”, c’était un projet hip-hop.

Il y a long time ?
C’était il y a à peu près deux, trois ans… Le concept – il était bad quand même – c’était reprendre des classiques français, en fait, c’étaient des chansons françaises vues par les jeunes de la rue, donc hip-hop, r’n’b, reggae…

Un grand mélange de plein de bonnes choses…
Ouais, ouais ! Donc, j’ai trouvé l’idée intéressante et direct, on l’a fait.

Et ton côté ivoirien aussi, avec le projet “Ivoir Sound System” ?
“Ivoir Sound System”, ouais ! Ca, c’est un projet qui m’a fait plaisir, parce qu’en fait, vu que j’évolue en France, je n’ai pas le temps d’occuper le marché ivoirien vraiment, je n’ai pas le temps d’être présent sur la scène ivoirienne, donc c’est un projet qui m’a permis, tu vois, d’être quand même sur le territoire sans y être vraiment.

C’est vrai que tu te détaches quand même pas mal des grandes figures du reggae ivoirien…dans le «style», si on peut dire…
Je ne me détache pas forcément en fait… Ouais, c’est que, peut-être, on ne puise pas nos inspirations au même endroit, ils ont peut-être des références qui sont autres…

Mais tu as senti le besoin de…D’en avoir une autre ?

Ouais, automatique ! Parce que chez nous, en Côte d’Ivoire, souvent, les artistes ont une école assez Alpha Blondy quand même, dans la façon de chanter tout ça, dans les timbres de la voix, dans la façon d’aborder le reggae, ça fait un peu… Ouais, ça tourne un peu autour des mêmes gammes. Moi, je voulais vraiment amener un truc nouveau.

Donc, après tout ça, il y a eu aussi un maxi 4 titres, je crois ?

Ouais, un maxi 4 titres, que j’ai auto produit, que j’ai fait en vinyl justement, pour être dans l’underground, toutes les boutiques spé et tout ça…

Sous quel nom de label ?

Destiny music. En fait, c’est un label que j’avais fait, sur lequel j’avais sorti également le 2 titres, “Dites-moi pourquoi”, avec le featuring “Believe”, avec Mad Cobra. Et donc, c’était mon propre label… C’est-à-dire que, face à l’enthousiasme des majors pour le reggae, tu vois, on s’est dit, on va quand même auto produire notre projet. Parce que, bon, soit ils ne s’emballent pas, soit, s’ils s’emballent, c’est pour faire le travail à moitié, donc ce n’est pas la peine. Et on a auto produit nos propres morceaux, tout ça, et on en est fier !

C’est toujours actif aujourd’hui ?

C’est toujours actif, mais sous un autre nom, on va sortir l’album là, d’ici fin avril… C’est Kutchie music, et donc, ouais, c’est plus qu’actif !

Cet album alors, où on trouvera le duo dont on vient de parler, avec Cobra, ça s’appellera “Le Voyageur”, tu peux nous en dire plus ? Qu’est-ce qu’il va y avoir sur cet album ?

En fait, cet album, je l’ai appelé “Le Voyageur”, parce qu’il a beaucoup, beaucoup voyagé, tout comme moi, j’ai beaucoup, beaucoup voyagé, en fait, j’ai enregistré un peu partout, on a enregistré un peu en Angleterre, un peu en Jamaïque, un peu en France… Et vu que je suis quelqu’un qui s’inspire de plein de choses, j’ai plein d’influences, c’est-à-dire je ne vais pas m’inspirer que dans le reggae, ou que dans la soul, je m’inspire un peu partout. Donc, je trouvais que le titre “Le Voyageur”, ça me représentait bien quand même.

Tout ça t’a permis de faire plein de rencontres évidemment ?

Exactement, ouais ! Il y a des titres qui sont nés suite à ses rencontres, j’ai rencontré Sly and Robbie, monuments, j’ai rencontré Fire House Crew également, j’ai rencontré Dean Fraser, j’ai également rencontré Bongo Herman, grand percussionniste, et on a enregistré à Anchor studio et à Big Ship, le studio de Freddie Mc Gregor… Et au-delà des rencontres, j’ai vraiment vu comment les mecs bossaient, comment les mecs vivaient. Donc, ça m’a permis de comprendre, d’être plus indulgent même au niveau des lyrics, de comprendre pourquoi le mec parle comme ça et pourquoi il chante sur ça. Et donc, ouais, c’était cool, super enrichissant !

Il y a un duo avec Paul Eliott aussi ?

Paul Eliott également, ouais ! Je suis flatté, c’est vraiment un duo à part. Je suis flatté parce que c’est lui qui a produit ce titre-là. Il tenait à faire un morceau avec moi et on a fait ce morceau. Paul Eliott, en fait, je ne l’ai pas rencontré par hasard, c’est Sniper, le sélecteur de Baba Boom, c’est lui qui m’a présenté à Paul Eliott, et je l’ai rencontré, ça faisait peut-être dix jours que j’étais à Kingston. J’ai rencontré Paul Eliott et la vibe est passée direct, on s’est mis à chanter du début à la fin.

Il est connu pour être vachement communicatif.
Ouais, il est très vibe, il est très family, il est très cool. Paul Eliott, ouais, il est super !

J’ai lu comme rumeur que tu avais fait ton premier concert à l’âge de dix ans, tu avais été voir Culture et Alpha Blondy ?

Exactement ! Parce qu’en fait, mes parents sont assez fans de reggae, donc ils ont toujours écouté du reggae et ils m’ont emmené à mon premier concert à l’âge de dix ans.

Et c’est là que tu as senti la vibe pour la première fois ?

Ouais, c’est là, franchement ouais. C’est-à-dire, quand j’ai vu le mec sur scène, quand j’ai vu la vibe que ça donnait aux gens, quand j’ai vu la vibe qu’eux-mêmes, ils dégageaient, j’ai dit : «Non, non, c’est ça que je veux faire !». C’était vraiment comme la foudre qui te tombe dessus, tu vois.

La scène, c’est important ?

Ouais, c’est important plus que tout en fait. Parce que la scène…si tu chantes, c’est pour les gens et la scène, c’est là que tu es avec les gens. Maintenant le studio, c’est intéressant au niveau de l’expérience, mais sinon, ouais, c’est la scène !

On va revenir sur ce que tu as évoqué déjà plusieurs fois, à savoir ta voix, très empreinte de sonorités soul, tu reconnais avoir des influences soul ? C’est quoi tes délires dans ce domaine-là ? Qu’est-ce que tu écoutes ?

Mes délires, c’est que j’ai grandi avec James Brown, avec Marvin Gaye, j’ai grandi avec Otis Redding, avec Curtis Mayfield, c’est que j’ai écouté quand j’ai grandi. Et pourquoi je m’identifie plus à la soul ? Parce que c’est un chant de l’âme, c’est un chant moins straight : c’est-à-dire que c’est moins synthétique, c’est plus vrai. C’est le mec, il vient, il te donne l’émotion du jour en fait : c’est un peu ça la soul.

Donc tu reconnais que dans ta musique, il y a le même mélange que tu évoques avec le titre de ton album “Le Voyageur”, tu es multi facettes ? Reggae, soul, tu es présent partout…

Ah ouais, bien sûr ! En fait, j’essaie de m’inspirer de tout, tout, tout ce qui m’a suivi tout au long de ma vie, du moins jusqu’où j’en suis.

Et ton opinion sur le «milieu reggae», si on peut dire ? Sachant que toi, tu dégages quand même un message qui prône l’amour…

Je pense que le milieu reggae déjà, il grandit, donc quand même, c’est big, c’est déjà une bonne chose, ça fait plaisir. Mais le nouveau reggae, c’est difficile en fait… Je pense qu’il faut lui laisser le temps de grandir, de s’émanciper un peu, d’avoir un peu de recul. Parce que le reggae, il y a «longtemps» entre guillemets qu’il est là, mais il n’y a pas longtemps qu’il a éclaté, donc c’est un peu comme un jeune enfant, il faut lui laisser le temps de voir ce qui se passe un peu autour, mais je pense qu’on pourrait mettre un petit coup de boost quand même, parce qu’il y a d’autres pays, comme l’Allemagne, comme l’Italie, comme la Suisse, qui sont là, qui sont présents.

Tu penses qu’en France, ça ne bouge pas encore assez ?

C’est dur de dire que ça ne bouge pas encore assez, mais je veux dire que ça pourrait bouger plus.

Et ton opinion sur le public français en général ? La façon dont il accueille les artistes ?

Je le trouve dur, surtout quand il accueille les artistes jamaïquains. Parce que moi, la plupart des concerts où je vais, je vois que souvent, le public ne donne pas vraiment le maximum, alors qu’il y a quand même des Jamaïquains qui viennent. Ils font l’effort de venir… OK, ils prennent un cachet. OK, ils sont payés pour ça. Mais bon, à la base, s’ils viennent quand même, c’est surtout pour prendre la vibes. C’est qu’il fait froid ici, tu vois, il faut vouloir venir. Non, mais je pense qu’on pourrait quand même les big up un peu plus, sans tomber dans l’idolâtrie non plus.

Tu as un message à faire passer en particulier, un petit mot à dire pour les youths ?

Pour les youths ? Déjà, le premier message, c’est dire qu’il y a de l’espoir : quoi qu’ils entreprennent, si c’est positif, et si ce n’est pas grandir pour écraser son prochain, il y a plein de choses qui arrivent…

Source : Reggae France, le titre est de Infos 225

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